mercredi 10 février 2016

Caricaturer, oui, mais où mettre l'accent ?

Caricature d'une femme du sud… et qui le revendique.

Le sujet du jour  nous prouvera que tout n’est pas caricaturable. Pourtant, cette nouvelle caricature Barbedor semble respecter les fondamentaux du genre. Mais pour une fois, la retranscription même réussie des éléments physiques ne suffisaient pas. En effet, comment réussir le portrait complet d’une personne quand l’une de ses caractéristiques n’est pas physique mais sonore ?

Caricaturer une femme sans être méchant


Le premier défi à relever reste naturellement visuel. La caricature d’une femme, jeune de surcroît, n’autorise pas les excès d’exagération. À part se faire plaisir au détriment d’une personne de qui l’on souhaite se venger (ce qui n’est pas le cas). La féminité du sujet peut disparaître sous la charge du dessin. La jeunesse, encore plus, nécessite du doigté dans la précision des détail. Même si elles commencent parfois à être décelables, les premières petites rides sont encore légères. Les renforcer avec son crayon apportera trop d’années d’un coup. Il ne s’agit pas de les gommer, comme les femmes le souhaitent souvent, mais de ne pas en rajouter au delà du nécessaire. Une femme de 30 ans doit être reconnue comme telle aux yeux de tous.

Donner à voir à défaut d’entendre la caricature


Une particularité de cette personne saute aux oreilles dès que l’on fait sa connaissance. En effet, native du sud de la France, un délicieux accent provençal colore ses paroles. Je risque d’ailleurs de m’attirer des reproches car si j’utilise l’appellation provençale par commodité, cette jeune femme nous vient en fait de la camargue, ce qui est géographiquement différend. Mais pour un breton, l’accent chantant évoque suffisamment les cigales pour qu’il s’y trompe un peu.

Plutôt que d’utiliser une bulle remplie de texte “ave l’assent“, j’ai visualisé le caractère géographique avec un flamant rose, symbole représentatif de la camargue s’il en est. Je l’ai installé d’une manière très complice, avec un petit clin d’œil au flamant utilisé par Alice pour jouer au croquet. Mais après tout, la Camargue est aussi un “pays des merveilles“ !

vendredi 5 février 2016

Un mariage qui a de la gueule

Je ne vous ai pas raconté mon dernier mariage. Il ne s’agit pas du mien, bien sûr, mais de celui où j’ai été embauché pour "croquer"en live les heureux mariés et les joyeux convives.

Les mariés heureux avec leur caricature Barbedor

J’ai eu le privilège d’apparaître comme un cadeau surprise lors d’un mariage où 
je ne connaissais absolument personne. J’ai en effet été recruté en secret par la 
sœur du marié pour apporter une animation originale à la fête avec les caricatures Barbedor. L’intention était charmante, il me restait à satisfaire les attentes.
Quand je dis les attentes, le pluriel ne s’impose pas vraiment puisque personne 
n’était au courant de ma venue. Il m’a donc fallu en préambule expliquer ma 
venue ainsi que le carnet à dessins dans mes mains.

Un sourire à croquer


Le père de la mariée ne pouvais éviter sa caricature


Une course de caricatures avec obstacles


La caricature d’après nature, tout le monde connaît. Nombreuses sont les cités touristiques occupées l’été par des caricaturistes promettant aux vacanciers de 
réaliser en direct leur caricature. Le talent des artistes est varié, mais au moins les volontaires se plient de bonne grâce à un immobilisme total le temps du dessin. 
Les conditions sont autrement différentes lors d’un repas de mariage. Les défis de rapidité, de ressemblance et d’adhésion au résultat sont les mêmes, mais le caricaturiste doit les surmonter avec des handicaps. Premièrement, les invités 
d’une noce ont d’autres priorités que de s’immobiliser pour un artiste. Le plat dans leur assiette, la conversation de leurs voisins de table sont autrement plus intéressants. À cela s’ajoutent des lumières plus ou moins tamisées et des interruptions fréquentes pour laisser la place à toutes les animations prévues par 
la famille et les amis.
Un témoin de mariage… et de caricature réussie

Un excellent entraînement de caricaturiste



L’exercice requiert donc une bonne pratique et une concentration maximum. 
Pas le droit à plusieurs essais. L’analyse des structures du visage, ses lignes de 
forces, ses principales caractéristiques mais aussi ses détails notables sont à saisir 
très rapidement. En essayant de ne pas se tromper. Et en les conservant lorsque 
le convive bouge, mange et parle. Dans ce cas, mon talent de caricaturiste ne peut s’exprimer au maximum et je ne vais pas aussi loin que je le souhaiterais. Mais je 
ne peux me permettre de perdre en route la ressemblance de la "victime" à ses 
yeux (ce qui est rare) et surtout à ceux de ses proches qui en feront le succès.

Au final une expérience toujours intéressante et très formatrice. Et le plaisir incomparable de voir ses œuvres signées Barbedor participer à la joie de la fête… 
et, je l' avoue, d’être félicité pour son talent.


lundi 1 février 2016

David Bowie, une bouille à facettes

David Bowie par Barbedor


La disparition soudaine de David Bowie a privé la musique d’un artiste multiple. On retiendra, outre ses chansons et albums, la diversité de ses looks. David Bowie, créateur protéiforme, a existé au travers de nombreux personnages. Coupes de cheveux, maquillages, tenues de scènes, tout était chez lui savamment étudié. Une seule chose ne changeait pas, reconnaissable entre mille, la dissemblance de ses yeux. Comment cet homme aurait-il pu être monostyle alors qu’il regardait la vie avec deux yeux si différents. L’un, bleu, avec une petite pupille de chat. Si lumineux et si séducteur. L’autre beaucoup plus sombre, mangé par sa pupille comme envahi par un trou noir. L’œil d’un homme qui laisserait apparaître son côté obscur.

Caricaturer la beauté, ce n’est pas simple


La caricature d’un tel artiste paraît donc facile. Il suffirait de choisir l’un de ses looks les plus improbables, aisément reconnaissable. Pourtant, une approche plus réfléchie met au jour quelques difficultés. Tout d’abord, David Bowie est beau. Cette évidence une fois posée, tout caricaturiste sait qu ‘il n’y a rien de pire qu’un visage aux traits réguliers. Le visage de jeunesse de Bowie, fin et lisse, en est même androgyne. Ensuite, je ne suis pas sûr que la déformation d’un style, fut il capillaire, apporte une solution intéressante. Le résultat serait réducteur et en tout cas passablement passéiste.

Une caricature Barbedor d’un nouveau style



Voici pourquoi j’ai choisi de le représenter tel qu’il était de nos jours. Avec son visage d’ange un peu plus marqué par l’âge. Avec une empreinte de la vie posée sur une “gueule“ inoubliable. Et par dessus tout un regard à nul autre pareil, qui méritait à lui seul d’être représenté en couleurs. Cette couleur qui prend toute son importance en restant limitée aux yeux, le reste du visage se contentant aisément du noir et blanc. Une caricature construite par des coups de pinceaux, comme un tableau. Pour célébrer un tel artiste, je ne pouvais faire moins.

mardi 28 janvier 2014

#17 Du front au menton



Les deux extrémités du visage l'encadrent comme des parenthèses. Mais à la grande différence de ces signes, l'encadrement se fait très rarement de manière symétrique et dans une caricature encore moins.
Tout l'intérêt du bon équilibre de la caricature tient justement à la justesse du placement des éléments intérieurs du visage vers l'un ou l'autre de ces deux pôles. 
Le front parait souvent moins important qu'il ne l'est en réalité, ne serait-ce parce qu'il est souvent tout ou partie dissimulé par les cheveux. De plus, les éléments qui attirent en premier dans un visage (les yeux, le nez, la bouche) sont positionnés dans la moitié inférieure et donc plus près du menton.
Sans aller jusqu'à faire de la morpho-psychologie grossière, il est vrai que l'on associera plus facilement un front large et haut à une personne perçue comme intelligente. Même si, surtout chez les hommes, la calvitie en est la principale cause avec l'âge. Le front profitera encore d'une physionomie caractérisée par un petit menton, permettant au dessinateur de le gonfler tel un ballon de baudruche la pointe vers le bas.
À l'opposé, un menton important et souvent perçu, même si c'est faux, comme le signe de la présence d'une forte volonté, d'un grand caractère, une force sportive ou guerrière… Mais cela peut être aussi en raison d'une très grande bouche ayant besoin de place.
Dans les cas extrêmes, un grand front associé à un petit menton donnera un aspect intellectuel (voire savant) sans signe de caractère.
Et un menton important surmonté d'un front tout petit renverra au sportif prétendument sans cervelle, au personnage tout en bouche, à la force.
Faites ce jeu de temps en temps : déplacez mentalement l'ovale du visage de votre vis-à-vie vers le haut et vers le bas. Votre perception de son visage changera du tout au tout. Mais essayez de retenir votre rire.    

mardi 1 octobre 2013

#16 pan dans les dents




Que serait une bouche (surtout féminine) sans de belles lèvres. Mais celles-ci ouvertes, comment ne pas s'arrêter sur ce qu'elles dissimulaient, parfois avec raison.
Les dents, bien sûr, ces reines du palais, dont la régularité de l'alignement et la blancheur font tout le charme. Mais dont le désordre et le déséquilibre font le plaisir du caricaturiste.
Il est très rare qu'on n'en voit pas un peu, sauf dans les expressions très (trop) sérieuses ou bien maussades.
La moindre amorce de sourire les dévoile. Mais c'est quand la personne sourit "à pleines dents" que l'on peut juger ce qui en fait un élément constitutif de la personnalité de l'individu. 
Car chaque dentition est unique. Grande, petite, adaptée à la bouche qui les contient ou au contraire à l'étroit. Parfois les incisives prennent la vedette, parfois aucune ne dépasse. Parfois elles sont bien sagement côte à côte, parfois elles se chevauchent dans un joyeux désordre. Certaines se touchent, d'autres laissent de grands espaces…
L'apparence des dents est aussi définitivement dessinée, sauf opérations longues et onéreuses. Il n'est pas besoin d'être médecin légiste pour en constater le côté immuable au fil des ans, les autres traits du visage auraient-il évolués.
C'est souvent l'élément final qui achève la réussite d'une caricature, la touche emportant l'adhésion (pour autant que le reste soit juste).
Dans une caricature réussie, non seulement le spectateur doit reconnaître les dents du sujet telles qu'il s'en rappelle, mais pour que la réussite soit encore plus éclatante,un dentiste, même sans connaître le modèle, doit pouvoir diagnostiquer les éventuelles retouches à opérer.
C'est un sujet de choix auquel on ne pense pas toujours assez. Mais pour qu'une caricature soit réussie, le dessinateur ne doit-il pas avoir un peu la dent dure ?

vendredi 13 septembre 2013

#15 Mise en bouche



La bouche peut devenir le sujet principal du tableau. Il suffit qu'elle soit suffisamment lippue pour prendre la vedette sur son voisin le nez (à moins que celui-ci soit également proéminent, ce qui crée une concurrence difficile).
Une belle bouche, une grande bouche, une grosse bouche deviennent l'élément structurant du visage et tous les autres éléments s'articuleront autour d'elle et même, d'une certaine façon, en arrière.
Souvent féminine, la lèvre voluptueuse s'avancera comme un baiser. Mais elle peut-être masculine et la relative rareté de lèvres pulpeuses dans un physique masculin sera d'autant plus intéressant comme élément différenciant de la personnalité.
L'attrait mais aussi la difficulté pour l'illustrateur est d'en retrouver la texture, le relief, la brillance. D'en exprimer avec justesse la couleur, même en noir et blanc.
Une bouche est comme une porte, elle doit être ouverte ou fermée.
C'est la première décision à prendre.
Représentera-t-on les lèvres closes, silencieuses (quel bonheur parfois), expressives mais mutiques ? Elles pourront quand même représenter divers sentiments comme la joie, le plaisir, l'ennui, le dégoût, la colère, l'harmonie…
Ouvrira-t-on ces lèvres comme les pétales d'une fleur ? Ce sera pour exprimer plus de sonorité avec un rire, un cri, une exclamation. Ou un beau sourire.
Ce sera surtout pour dévoiler ce qu'elle cachaient, je veux bien sûr parler des dents.
Nous en reparlerons plus longuement. Les dents méritent un sujet à elles seules.

mercredi 20 mars 2013

#14 T'as d'beaux yeux

Les yeux sont évidemment une composante essentielle d'une caricature. 
S'ils sont le miroir de l'âme du modèle, alors il est primordial d'en représenter le reflet le plus fidèle possible.
Il est parfois troublant pour l'illustrateur de s'attarder sur les yeux du modèle et il faut s'avoir s'en détacher sans les perdre de "vue".

Des yeux réussis participent à la réussite du dessin sur plusieurs plans :
- Tout d'abord ils rendent la caricature beaucoup plus vivante
- ils représentent mieux qu'aucun autre élément le caractère du personnage, sa malice ou sa bêtise, sa gentillesse ou sa méchanceté, son tempérament joyeux ou taciturne…
- parce que l'on se souvient souvent le mieux d'un regard, sa transcription juste emporte aussitôt l'adhésion du spectateur. À contrario, un regard qui ne serait pas reconnu détruit le succès de la caricature toute entière, le reste du visage serait-il magnifiquement réussi.

Même en noir et blanc, la palette est large pour représenter les yeux leur forme, leur contour, leur aspect sombre ou au contraire leur clarté.
Il est souvent tentant d'apporter une touche de couleurs sur cet unique détail (ah, certains yeux bleus…) alors que le noir fonctionne pratiquement toujours très bien pour le reste du dessin.

Il n'est donc pas question de se rater sur ces deux globes oculaires, d'où l'importance de bénéficier de photographies précises et fidèles quant au regard du modèle.
Rien ne fait plus plaisir que d'entendre : "Ah oui ! C'est bien son regard !"
Il est important également d'avoir réussi le sourire ou l'expresion, mais c'est un détail que nous verront plus tard… 


vendredi 18 janvier 2013

#13 Quel nez ?!


Le nez est souvent l'élément central d'une caricature… à tout point de vue. Ne dit-on pas : "visible comme le nez au milieu de la figure" ?.
Plus ou moins imposant, c'est autour de lui que sera (dé)construit le visage. Selon les morphologies, le choix pourra être fait de le privilégier aux dépends de tout le reste. Ce sera un pic, un cap, que dis-je… une péninsule !
Petit au contraire, il s'effacera pour donner la vedette à un autre élément du visage, yeux, menton…
La pire situation se rencontre avec un nez dans l'entre-deux. Ce nez "moyen" laisse lâchement le caricaturiste à ses choix. Doit-on le mettre en vedette ? Le minimiser ? Le laisser neutre ? Des tâtonnements seront souvent nécessaires et plusieurs options essayées tant les conséquences s'avèrent importantes. De la taille de ce nez dépend souvent la réussite ou l'échec de la caricature.
Les femmes ne vous pardonneront jamais de l'avoir injustement exagéré, elles vous pardonnent déjà difficilement quand vous reflétez une réalité bien regrettée (car elles sont rares, les femmes qui sont contentes de leur nez).

Cette partie du visage continuant à grandir tout au long de la vie, bénis sont les visages suffisamment âgés pour avoir un appendice nasal bien mûr.

mardi 25 septembre 2012

#12 Caricature trop exagérée


Un danger guette parfois le caricaturiste fougueux : se faire plaisir au dépend du sujet au risque de s'en éloigner. Persuadé d'avoir raison sur une caractéristique physique de sa victime, la tentation est trop forte d'accentuer à fond ce trait, en se disant que plus c'est exagéré, plus cela fera rire.
Même si l'effet comique est atteint, il risque d'être le seul et la caricature ne pouvant plus s'appuyer sur ses deux jambes, accentuations et ressemblances, aboutira à un résultat déséquilibré qui n'entraînera pas une adhésion complète.
À trop vouloir grossir le trait, le spectateur prendra la défense du sujet au lieu d'être complice de l'artiste, au contraire du but recherché.
Heureusement, "qui peut le plus peut le moins" et il sera plus facile de faire marche arrière que de trouver une déformation quand elle nous échappe. 

mercredi 4 juillet 2012

#11 Caricature trop portrait





Il est certaines caricatures dont je ne suis pas entièrement satisfait. Souvent parce que la photo n'est pas assez éloquente ou trop petite (ou par faiblesse de talent), j'ai beaucoup de mal à saisir les points forts du visage. Je multiplie les essais en renforçant quelques éléments les uns après les autres, je bricole, je prends du recul, j'y revient… Une crainte supérieure guide mes essais : surtout obtenir une représentation ressemblante. Cette priorité absolue conditionne un résultat respectant ce critère au détriment d'une charge plus exagérée et amusante. Ce n'est pas un portrait, mais ce n'est pas à mes yeux une vraie caricature. 
Il faut en prendre son parti en attendant une photographie plus parlante ou une illumination créative. Reste le sentiment frustrant d'être passé à côté d'un résultat plus intéressant et que l'on n'a pas réussi à voir.

samedi 11 février 2012

#10 Caricature & Portrait

 
À qui s'intéresse aux visages, la caricature et le portrait sont les deux faces tout aussi intéressantes l'une que l'autre d'une même pièce. C'est pourquoi, débordant pour une fois le sujet de ce blog, j'ai envie de mettre sur un même plan, côte à côte, caricature et portrait photographique. Pourquoi photographique ? Parce que la photo est une autre de mes passions, que le portrait dessiné cherchant à se rapprocher de l'exactitude photographique, autant utiliser un appareil, les points que je souhaite aborder restant de toute manière identiques.
Que recherche-t-on en photographiant un modèle ? À restituer sa beauté s'il en est pourvu (c'est le cas ici), à le magnifier si la nature a été moins généreuse. On travaillera à mettre en lumière (dans tous les sens du terme) l'éclat d'un regard, la régularité des traits, la douceur d'un sourire. En privilégiant certains angles, disproportions ou irrégularités éventuelles seront atténuées, gommées. Le résultat, s'il est réussit, plaira au modèle car il sera non seulement ressemblant mais flatteur.
La caricature (qui ne peut être obtenue avec un appareil photographique, même avec des déformations) du même sujet aura naturellement un objectif opposé.
Les irrégularités sont accentuées, les disproportions exagérées. La beauté n'est plus une aide mais une gène à contourner. Au lieu de les adoucir, on force les contraste. Les rides et poches sous les yeux sont bien tracés au lieu de les gommer.

Et pourtant, au final, les deux résultats seront jugés sur le même critère de réussite : la ressemblance. Une véracité légèrement embellie et rajeunie dans le cas du portrait photographique, plus ridicule dans le cas de la caricature qui vieillit souvent un peu le sujet. Deux aspects parallèle d'une même vérité. Le même visage mais vu différemment, comme celui montré au réveil n'est pas exactement le même que celui affiché après passage dans la salle de bains…

mardi 3 janvier 2012

#9 Caricature et psychologie

La caricature s'attaque principalement au physique. Quand on ne connaît pas du tout la personne croquée, c'est le seul aspect accessible. On est toujours tenté,pourtant, de deviner le caractère d'après une photographie. Une pétillance dans le regard ou au contraire des yeux éteints orienteront et seront mis à profit pour souligner l'intelligence ou la bêtise supposées. Se baser sur une image est pourtant hasardeux et le risque est grand de se tromper.
Quel avantage quand on connaît bien le personnage (ou qu'il est très connu)!
On peut alors avec plaisir enrichir l'approche physique d'un vrai portrait psychologique. L'humeur, l'intelligence, le caractère peuvent être retranscrits, accentués et permettre une authentification encore plus juste qu'une déformation uniquement physique. Et quel bonheur de réussir à restituer non seulement l'aspect visuel mais également l'intériorité d'une personne.
On voudra rendre la sympathie de ceux que l'on apprécie et moins favorablement ceux qui nous rebutent.
Mais la responsabilité du dessinateur est grande car les spectateurs se feront une idée encore plus précise du sujet. S'ils le connaissent et approuvent le résultat, le succès en sera encore plus grand. Mais s'ils ne le connaissent pas, ils porteront un jugement qui, s'il est au détriment de la victime et en plus inexact, sera vraiment injuste (…et pas très gentil s'il est exact).  

lundi 31 octobre 2011

#8 Une anecdote encore très marquante




Non seulement une caricature peut être méchante, mais elle peut l'être sans le vouloir. Cela dépend en grande partie de la sensibilité du sujet et de son degré d'acceptation de son physique. J'en veux pour témoignage ce souvenir vécu.
Un jour, arriva dans mon entreprise une nouvelle collègue. Or cette femme, jeune, associait à son grand regret un corps de mannequin à la silhouette de rêve et un visage plus ingrat, aux traits rudes, plutôt masculins. Bref, nettement moins séduisant.
L'homme que j'étais avait admiré les courbes de la silhouette. Mais le caricaturiste en moi avait noté plus encore le portrait. Deux jours ne s'étaient pas écoulés que le croquis avait rejoint au mur la collection déjà commencée, au grand plaisir de mes collègues qui le trouvèrent très ressemblant et très drôle.
Celle que cela ne fit pas rire du tout à cette découverte, c'est la nouvelle arrivante. Il faut dire, premièrement, que j'avais fait sa caricature entièrement de mémoire et il faut croire que son visage m'avait bien marqué.
Il faut surtout ajouter, ce que je découvris peu après par des amis qui la connaissaient, que notre nouvelle collègue ne vivait pas bien du tout la disgrâce de ses traits. Cela touchait même au complexe profond et ne laissait plus de place à l'humour. J'en fus désolé, n'ayant jamais eu l'intention de la blesser ou de me moquer d'elle.
Elle nous quitta assez peu de temps après. 
Je me persuade depuis que je n'y suis pour rien.

vendredi 21 octobre 2011

#7 La caricature doit-elle être méchante ?


Ce qui est amusant, à chaque fois que l'on me demande une caricature personnelle, c'est la régularité de la deuxième partie de la question : "J'aimerais bien que tu fasses ma caricature… mais tu n'est pas méchant ?". 
S'attaquer au physique d'une personne, ce n'est pas gentil. Mettre le plus en avant possible les défauts qui caractérisent un visage, ce n'est pas très charitable. Le caricaturiste n'est pas là pour être gentil ni charitable. D'ailleurs, quel est le plus méchant des deux, l'artiste qui "déforme" ou le spectateur (qui bizarrement n'est jamais le sujet), qui trouve que "ce n'est pas vraiment une caricature" ?
Il peut arriver pourtant qu'une caricature soit volontairement plus méchante. Cela est lié aux sentiments qu'éprouve le caricaturiste (ou le commanditaire) envers le sujet. Le trait sera certainement plus poussé, et avec plus de jubilation, si l'on éprouve envers lui des sentiments négatifs (colère, mépris, reproches…). Pour le coup, l'objet du dessin sera vraiment la "victime" de notre ressentiment. Tant pis pour lui (ou elle).
Habituellement, la caricature en tant que telle n'a pas à être méchante ou gentille. Elle doit être sans pitié. 
C'est différent… mais largement suffisant.

lundi 10 octobre 2011

#6 La caricature doit-elle être drôle ?




Les caricatures font presque toujours sourire, c'est devenu une de leurs caractéristiques. Amplifier les "défauts" physiques de quelqu'un donne presque toujours un résultat amusant (même s'il n'est pas charitable de se moquer du physique, la caricature ne fait que cela). La victime en ressort risible, souvent grotesque, parfois ridicule (ce qui est très apprécié envers les hommes politiques). 
Pour autant, est-elle obligée d'être drôle ? Et d'abord pour qui ? Pour rire de voir amplifiés et révélés au grand jour les déséquilibres que justement il cherche à dissimuler, le sujet caricaturé montrera un sens de l'humour ou d'auto-dérision certain (j'y reviendrai une autre fois). Tous les autres riront évidemment plus facilement, étant connu depuis La Fontaine que nous nous moquons avec joie de la paille dans l'œil du voisin sans être gêné par la poutre qui se trouve dans le nôtre.
Le rire peut ainsi être partagé en groupes de rieurs.
Pour une personne privée, ce sont ses relations qui la reconnaissent et approuvent tous ensemble la mise en avant des caractéristiques physiques qu'il n'oseront souvent pas moquer directement.
Pour un personnage public, ce sera tout un chacun qui appréciera de se moquer de quelqu'un beaucoup plus célèbre et fortuné que lui.
Mais tout dépend aussi de l'intention. Tant que la caricature reste au niveau de la moquerie sans mépris ou de la bouffonnerie irrespectueuse du fou du roi, tout le monde pourra rire de bon cœur sans mauvaise conscience.
Quand la caricature est au service d'un message particulier, sert une propagande, diminue les uns pour amuser les autres, il n'est plus question du même humour. Les caricatures présentées par les nazis et moquant le physique supposé des juifs ne faisaient rire que les antisémites, de même que les racistes s'amusent beaucoup avec les représentation dégradantes d'hommes d'une autre couleur qu'eux.
En caricature aussi, on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde.

Elle n'est pourtant jamais aussi réussie que lorsqu'elle touche à l'universel.

lundi 19 septembre 2011

#5 une anecdote pour changer

Une de mes premières caricatures m'a fortement marquée en me faisant prendre conscience de leur pouvoir sur le modèle. Je ne pense pas ici à celle de ma prof de philo en maillot de bain (que je ne lui ai jamais montrée et qui m'a été volée par un camarade indélicat) mais à celle que j'ai eu envie de faire d'un prof aux beaux-arts. Celui-ci impressionnait tout le monde physiquement, moi compris, par son air taciturne, son regard dur et ses saillies caustiques.
Mais il avait aussi une vraie "gueule" qui m'inspirait et que je sentais bien. Je me suis donc lancé un jour en me demandant si j'arriverais à faire comme Mulatier que j'admirais déjà. Le résultat à dépassé mes espérances sur plusieurs points.




- Même si le rendu montrait des maladresses, j'ai pris confiance en moi en voyant que j'y arrivais.
- L'ayant montrée à mes meilleurs copains, le succès a été immédiat et le bruit s'est répandu à tel point (sans réseau social) que tout le monde venait me demander de lui montrer cette caricature. Cet accueil enthousiaste était très agréable et bon pour le moral.
- Conforté dans la réussite du dessin, j'ai surmonté ma timidité et dévoilé sa caricature au prof lors de son passage. Sa réaction a été très surprenante. Heureux comme un enfant, il s'est précipité pour la montrer à tous ses collègues qui riaient autant que mes camarades d'atelier.
Ce professeur, avec qui j'avais eu plusieurs fois des critiques négatives et décourageantes sur mes travaux, me félicitait comme il ne l'avait jamais fait et était visiblement ravi d'être caricaturé pour la première fois de sa vie.
Je me sentais puissant face à lui et comprenais comment le fait de dessiner des mastodontes sur la paroi des cavernes avant de partir les chasser donnait du pouvoir aux hommes préhistoriques sur des animaux qu'ils redoutaient dans la nature.



J'ai accepté ce jour là d'intégrer que mon expression artistique personnelle était la caricature. Les portraitistes bénéficient dans l'art d'une aura plus grande et vénérée, mais des caricaturistes, il n'y en a pas autant et j'étais le seul de toute l'école. Je ne devais donc pas prendre ce fait comme une déchéance mais plutôt comme un motif de fierté si j'arrivais à être suffisamment talentueux pour faire ainsi à chaque fois briller les yeux de mes modèles et la joie de ceux qui les connaissent.

lundi 5 septembre 2011

#4 Jusqu'où peut aller la caricature ?


J'ai déjà mentionné précédemment qu'une des bases d'une caricature était de ressembler à son modèle. La seule limite à ne pas dépasser est donc celle de ne plus être ressemblante, ou du moins reconnaissable. Toutes les déformations et accentuations physiques peuvent être poussées jusqu'à ce point de non retour.
Naturellement, cette limite est subjective. Elle est différente également selon les sujets.
Plus un visage est "caricatural" au départ et plus le dessinateur pourra aller loin. Ne le ferait-il pas ou pas assez qu'il ne manquerait pas d'entendre des commentaires du genre : "c'est trop gentil, avec lui (ou elle), il y a pourtant de quoi faire… !".
Pareillement, plus un personnage est connu, plus son physique est assimilé par le plus grand nombre, et plus on pourra prendre de liberté avec lui.

Donc, vous l'aurez compris, rien de plus ennuyeux pour un caricaturiste que quelqu'un de jeune, beau (en plus ça énerve) et inconnu.